La Réunion, région ultraphérique de l'Union Européenne et département français de l'océan Indien, est située dans un milieu naturel aux caractéristiques exceptionnelles.
Un point chaud volcanique
La Réunion est une île volcanique née d’un point chaud volcanique il y a 3 millions d’années, au sud de l’arc des Mascaraignes, auquel appartiennent aussi les îles voisines de Maurice et Rodrigues à l’est. Ce « point chaud » a alors donné naissance au massif du Piton des Neiges (aujourd’hui culminant à 3070 m d’altitude), puis du Piton des Neiges il y a 500 000 ans, volcan effusif considéré comme l'un des plus actifs de la planète. La partie émergée de l'île ne représente qu'un faible pourcentage (environ 3 %) de la montagne sous-marine qui la forme.
![]() Le principe d'un "point chaud" volcanique (Illustration: blog "Fournaise actus") |
![]() La Réunion, un volcan sur le fond océanique (Source: Michon, 2019) |
À quelques centaines de mètres du rivage, on trouve ainsi des profondeurs de plusieurs centaines de mètres et, en quelques milles nautiques, on se retrouve avec jusqu’à près de 4000 mètres dans la colonne d’eau au-dessus du plancher océanique.
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<- La Réunion est un volcan posé sur les grands fonds marins, aux pentes très raides (Animation: CRPMEM Réunion, 2026) NB: ici les altitudes et profondeurs sont exagérées d'un facteur 3 |
| Du fait de cette jeunesse géologique, les récifs coralliens de La Réunion, essentiellement situés le long de la côte Ouest "sous le vent", ne forment pas de véritables "lagons", mais de simples récifs frangeants, peu profonds... pour autant, tout le monde à La Réunion appellent ces récifs ... des "lagons" ;-) -> | ![]() Le "lagon" de Saint-Pierre à marée basse (Photo: CRPMEM Réunion) |
Un point chaud de la biodiversité marine

(Illustration: CRPMEM Réunion, 2026)
L’ouest de l’océan Indien est considéré comme un point chaud de la biodiversité marine mondiale du fait de la grande diversité de ses espèces marines, certaines sont même endémiques. Cela est dû au fait que, depuis les Mascareignes jusqu’à Madagascar, au canal du Mozambique et à la côte est africaine, l’influence du Courant Sud Equatorial (CSE) est extrêmement marquée. L'Île de La Réunion émerge ainsi de ce très large courant de dérive vers l'ouest, s'écoulant à une vitesse moyenne de 0,5 nœuds sur près de 2 000 kilomètres de large entre les latitudes 7-8°S et 23-25°S. Le CSE traverse l’ensemble du bassin océanique dans le sens de la circulation générale d’est en ouest, entretenue par les vents d’alizés de surface, en bordure nord du gyre subtropical océanique de l’océan Indien.
Toutes les régions côtières du sud-ouest de l’océan Indien sont ainsi soumises à l’influence de ce courant provenant des eaux équatoriales situées de l’autre côté de l’océan Indien, en son extrémité orientale entre le nord de l’Australie et l’archipel indonésien, au niveau du Triangle de Corail.
![]() Une biodiversité majeure en espèces de récifs coralliens... (Source: Coral Triangle Atlas, mars 2026) |
![]() ... et en espèces de poissons en particulier (Source: Coral Triangle Atlas, mars 2026) |
Situées en première ligne des flux du CSE traversant l’océan d'Est en Ouest, les eaux côtières de La Réunion subissent cette large influence océanique, avec des flux plus ou moins continus selon les saisons. Le CSE apporte avec lui des larves en suspension de milliers d’espèces équatoriales et tropicales issues du Triangle de Corail, berceau de la plus forte biodiversité marine à l’échelle mondiale, qui sont venu coloniser ses fonds côtiers au cours des derniers millénaires. De fait, les zones littorales de La Réunion bénéficient d’une biodiversité exceptionnelle bien plus riche que celles d’autres régions chaudes du globe (comme les Antilles ou la Méditerranée), aussi bien en termes de diversité de peuplements coralliens que d’espèces de poissons récifaux et démersaux.
Une biodiversité exceptionnelle à la côte comme au large
![]() Mérou et vivaneaux "ti-jaune", espèces typiques des récifs coralliens de La Réunion (Photo: CRPMEM Réunion, 2011) |
Sous l'effet de ces courants issus du berceau de la biodoversité marine mondiale, le corail et les récifs coralliens se sont surtout développés dans l’ouest de La Réunion, côte "sous le vent" plus abritée des flux d’alizés venant de l’Est et où les apports fluviaux terrigènes sont moins nombreux que le long de sa côte "au vent". Ces conditions y favorisent le développement du corail et des récifs coralliens, qui nécessitent des eaux claires et peu chargés en matières en suspension, à des températures habituellement entre 23°C en hiver et 29°C en été. Les récifs coralliens couvrent ainsi une bonne partie du littoral entre Saint-Pierre et Saint-Joseph au sud, et entre Saint-Paul et Etang-Salé dans l’ouest, où la Réserve Nationale Marine de La Réunion (RNMR) se situe. Cette aire marine protégée a été mise en œuvre en 2001 et a pour missions de préserver la qualité de ces milieux côtiers exceptionnels. La pêche professionnelle y est particulièrement encadrée, avec des pratiques et des zones de règlementations adaptées à la préservation des milieux et des ressources récifales. |
Plus au large de l’île, les eaux sont rapidement brassées par les flux océaniques. Les espèces de grands pélagiques s’y déplacent sur des milliers de kilomètres, pour certaines à l’échelle de tout l’océan, comme les thons et les poissons porte-épée. C’est aussi dans cet immense environnement marin du « grand large » que les espèces patrimoniales de l’océan se rapprochent de La Réunion, au gré de leurs migrations : baleines à bosse et autres cétacés, tortues marines, oiseaux marins, ... -> Les pêcheurs professionnels de La Réunion rencontrent régulièrement ces espèces, et échangent avec les organismes en charge de leur étude et de leur préservation (Globice pour les mammifères marins, le CEDTM et Kelonia pour les tortues marines, la SEOR pour les oiseaux marins...), et font bénéficier de leurs observations aux passagers embarqués dans le cadre du pescatourisme et de la pêche au gros. |
![]() Banc de dauphins au large de La Réunion (photo: CRPMEM Réunion, 2010) ![]() Bancs d'oiseaux marins autour d'un DCP ancré (Photo: CRPMEM Réunion) |
Un milieu exceptionnel sous pression
Les menaces sont pour autant nombreuses sur cet environnement marin exceptionnel.
![]() Pollution plastique flottant sous la surface (Photo: Imaz Press Réunion, 2026) |
<- Les pollutions plastiques
originaires d’Asie du Sud-Est et des autres terres habitées autour de l’océan
Indien ont ainsi contribué à créer un véritable vortex de déchets d’une surface
estimée entre 2,1 et 5,0 millions de km2
qui s’accumule au milieu du gyre du sud de l’océan Indien. |
| Le trafic maritime qui se développe de plus en plus aux abords de La Réunion, du fait des fortes tensions géopolitiques autour du Canal de Suez, augmente les risques d’une pollution majeure aux hydrocarbures, telle que celle qui est arrivée à l'île voisine suite à l'échouage du Wakashio en 2020 à Maurice -> | ![]() L'épave brisée en deux du vraquier "Wakashio", échouée sur la pente externe du lagon dans le Sud de l'île Maurice en 2020 (Photo: Wikipedia, 2026) |
![]() Pressions relatives cumulées issues des bassins versants le long de la côte Ouest de La Réunion (Source: Ifrecor, 2026) |
<- La forte
urbanisation des pentes à La Réunion et l’imperméabilisation des sols, ainsi que des pratiques agricoles non maîtrisées sur les bassins versants exposés, provoquent des
ruissellements massifs, aggravés par le réchauffement climatique et
l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, comme suite au cyclone Garance en 2025. Ces pluies massives charrient des milliers de tonnes de matières
en suspension et des déchets en tous genres vers les eaux côtières. C’est actuellement la menace la plus directe identifiée sur les récifs coralliens de La Réunion et les habitats sous-marins côtiers dont dépendent les pêcheurs pour bénéficier de ressources halieutiques en bonne santé. |











