Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) de La Réunion

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CRPMEM

Les espèces tropicales

Les espèces pélagiques

Les espèces thonières et assimilées sont les captures les plus abondantes autour de La Réunion

Pelagiques une

 Ces grands poissons vivent en pleine eau, dans la colonne d'eau du « grand bleu », et migrent à l’échelle de tout le bassin océanique, dans un écosystème pélagique qui constitue un habitat plus hétérogène qu’il n’y paraît, avec de véritables « oasis » de vie marine au sommet des hauts-fonds des monts sous-marins et proche des îles comme La Réunion, ou des tourbillons anticycloniques qui concentrent le plancton et développent des réseaux trophiques riches et diversifiés.

Ce sont les espèces les plus abondantes autour de La Réunion, et les plus pêchées depuis le développement des flottilles modernes au cours des années 1980 et 1990, désormais résolument tournées vers ces ressources pélagiques.


L'espadon

Espadon
Espadon
Parmi ces espèces, l’espadon (Xiphias gladius) est la principale cible des « longliners » réunionnais, qui en débarquent autour de 1100 tonnes par an, destinées au marché local et à l’export vers l’Europe ou les Etats-Unis. En filant leurs lignes de nuit et en sub-surface, les pêcheurs réunionnais capturent cette espèce au long rostre aplati, pouvant atteindre plus de 300 kg, qui remonte vers la surface chasser les calmars, ses proies favorites, au moment où ils accompagnent vers la surface la fameuse « couche diffusante profonde » composée d’une multitude d’organismes planctoniques, à la tombée du jour et jusqu’au petit matin. Pendant la journée, l’espadon (souvent appelé « lamprèr », soit « empereur », en créole réunionnais), avec ses énormes yeux, est capable de plongées très profondes pour y suivre ses proies, jusqu’à près de 1000 mètres dans le « grand noir » où la lumière du soleil ne pénètre plus. Les eaux y sont très froides, proches de 0°C, mais un système de circulation sanguine « à contre-courant », le « rete mirabile », lui permet de conserver son cerveau à température suffisante pour maintenir son métabolisme et chasser ses proies, qu’il assomme à grands coups de rostre, comme un sabre, avant de venir les avaler.

Etat des stocks

Bientôt soumis à des limites de captures à l'échelle de l'océan Indien pour en préserver les populations, le stock d'espadon y est considéré comme bien géré, ni soumis à la surpêche, ni à la surexploitation.


Si l'espadon n'est quasiment capturé que par la pêche palangrière, côtière et hauturière, les autres espèces de grands pélagiques sont capturées avec les autres techniques de pêche pratiquées par la pêche artisanale côtière.


Les thonidés

Les autres grands pélagiques pêchées par les navires réunionnais, migrant au large jusqu’au plus près des côtes autour des DCP ancrés, sont les thonidés. Ce sont des prédateurs redoutables, capables de migrer sur de grandes distances en bancs abondants pour explorer l’océan pélagique et y trouver leurs proies, petits poissons, mollusques ou crustacés du large, qu’ils avalent d’un coup en jouant de leur puissance et de leur grande vitesse de nage.

Le thon albacore (Thunnus albacares), appelé aussi « thon jaune » à La Réunion, est le plus abondamment pêché, jusqu’à plus de 700 tonnes au cours des dernières années. Les plus grands individus peuvent atteindre plus de 100 kg et être affublés de très longues 2èmes nageoires dorsale et anales jaunes, d’où leur surnom de « grand fouet » que leur attribuent les pêcheurs en créole réunionnais, là où les plus petits individus de quelques kilos sont appelés « zobok ». Leur chair rouge est appréciée sur le marché local, où elle est de plus en plus souvent consommée crue en tartare ou en sashimi, et des « longes » de thon albacore sont aussi exportées par avion sur les marchés européens et américains.

Thon albacore
Thon albacore

Etat des stocks

Grâce à une limitation significative des captures de cette espèce au cours des dernières années, concédée notamment par les grandes flottilles européennes, le stock est désormais considéré comme reconstitué et évalué par la CTOI en bon état à l'échelle de l'océan Indien.


Thunnus obesus


Thon obèse


L’autre thon à chair rouge est le thon obèse (Thunnus obesus, aussi appelé « patudo » ou «thon à gros yeux »). Il peut être tout aussi gros, voire plus, que l’albacore mais il est moins abondant, avec de l’ordre de 300 tonnes débarquées selon les années. Sa chair est plus grasse, en lien avec son habitat plus profond dans l’océan pélagique, elle est très appréciée par les amateurs de sushis. Il est aussi exporté sur les marchés mondiaux.


Etat des stocks

Depuis 2022, après des années de trop fortes captures réalisées par les plus grandes flottilles (l’Indonésie, des Seychelles et l’Espagne en tête), le constat d’une surexploitation du stock de thon obèse a été posé par la CTOI par suite des avis de son comité scientifique. Il a été évalué que les niveaux de captures d’alors étaient trop élevés et non durables, et des limitations ont été imposées aux différents pays pêcheurs, pour un Total Admissible de Captures (TAC) de 80 583 t par an. En 2025, grâce à cet effort collectif de reconstitution, auquel les flottilles européennes ont particulièrement contribué par un strict respect des quotas qui lui ont été attribués, une nouvelle évaluation scientifique a permis de constater que le stock de thon obèse n’est plus soumis à la surpêche. La CTOI a alors permis d’augmenter le TAC global de 15% pour les années 2026 à 2028.


Le thon germon (Thunnus alalunga) est plus petit, caractérisé par ses longues nageoires pectorales et sa chair rosée. Il est capturé saisonnièrement autour de La Réunion (entre septembre et avril), où il vient se reproduire depuis des eaux plus tempérées, et vit aussi plus en profondeur que l’albacore. Il peut représenter jusqu’à 500 tonnes de poissons débarqués par an.
Thon germon
Thon germon

 Etat des stocks

L’évaluation menée en 2025 par le Comité scientifique de la CTOI, indique que le stock n’est pas surexploité et ne fait pas l’objet de surpêche.

Les autres poissons porte-épée

En plus de l'espadon, d'autres poissons dits « porte-épée » sont capturés régulièrement par les pêcheurs réunionnais, de gros poissons pouvant régulièrement dépasser 100 à 200 kg ! C’est surtout le cas du marlin bleu (Makaira nigricans), pêché à hauteur de près de 200 tonnes, mais aussi du marlin noir (Makaira indica), du voilier (Istiophorus platypterus) avec sa grande nageoire dorsale qu’il déploie comme une voile et du lancier (Tetrapturus angustirostris), qui représentent environ 50 tonnes annuellement débarquées à eux trois. Ils ont tous des rostres plus courts, à section cylindrique contrairement à l’espadon, et s’en servent de la même manière pour assommer leurs proies avant de les avaler.

Marlin noir
Marlin noir
Marlin bleu
Marlin bleu
Lancier
Lancier
Voilier
Voilier

Etat des stocks

Si l'état des stocks de voilier est considéré comme bon par la CTOI, des mesures de gestion sont préconisées pour le marlin noir (faisant l'objet d'une surpêche) et surtout le marlin bleu (surpêché et surexploité).


Les autres pélagiques

Dorade
Dorade coryphène
Thon banane
Thon banane

Parmi les autres espèces pélagiques régulièrement pêchées à La Réunion, la dorade coryphène (Coryphaena hippurus), avec ses couleurs vibrantes jaune et bleu dont les mâles arborent une bosse frontale proéminente, ou le thon banane (Acanthocybium solandri), qui n’est d’autre que le « wahoo » anglo-saxon ou le "thazard" français, sont surtout capturées en période estivale, d’octobre à mars. On les trouve parfois en bancs abondants autour des DCP ancrés ou des épaves dérivantes, et ils représentent des captures annuelles de l’ordre de plus de 120 tonnes pour la dorade coryphène et de 40 tonnes pour le thon banane.

Etat des stocks

Ces espèces ne font pas l'objet d'évaluation à l'échelle de la CTOI, et il est difficile d'en évaluer l'état des stocks, même si leur croissance rapide et leur maturité précoce permettent d'envisager une bonne résilience à la surexploitation par la pêche.


Bonite kalou
Bonite kalou
Bonite dos rayé
Bonite de laine

Les bonites, comme le listao, appelé bonite kalou à La Réunion (Katsuwomus pelamis), ou la bonite de laine - ou bonite de l'Inde - (Euthynnus affinis) sont aussi des thonidés capturés en moins grandes quantités (quelques dizaines de tonnes).

Etat des stocks

Le listao est une des espèces majoritairement pêchée par les grands thonniers senneurs océaniques, ciblée pour la mise en conserve dans les usines de transformation réparties dans les ports du sud-ouest de l'océan Indien (Seychelles, Madagascar, Maurice). Elle a fait l'objet d’une évaluation de stock en 2023 par la CTOI, qui a estimé une plus forte productivité du stock ces dernières années et un niveau de stock plus élevé par rapport au point de référence cible, peut-être en raison des caractéristiques du cycle vital du listao et de conditions environnementales favorables. Même si son état est considéré comme bon (non surpêché, non surexploité), un TAC global et des limites de captures devront lui être appliquées dès cette année 2026.


Prodigalson
Prodigalson
Thon dents de chien
Thon dents de chien

Comme le prodigalson (Elagatis bippinulata), capturé autour d’une dizaine de tonnes, ces plus petits « grands pélagiques » servent souvent d’appâts, utilisés entiers ou en lèses par les pêcheurs réunionnais, pour capturer les gros thons et marlins autour de l’île. Cette liste des principales espèces peut être complétée avec le thon dents de chien (Gymnosarda unicolor), autre thonidé capturé en plus petites quantités (de l’ordre de quelques tonnes), très appréciée en pêche sportive pour sa grande combativité au bout des cannes des pêcheurs « au gros ».

Etat des stocks

Comme les dorades coryphènes et les thons banane, ces espèces ne font pas l'objet d'évaluation par la CTOI, et ne posent pas d'inquiétude majeure quant au risque de surexploitation du fait de leur forte productivité.


Les espèces de captures accidentelles

Isurus oxyrinchus
Requin mako

Le milieu pélagique est riche de dizaines d’autres espèces, dont certaines, non ciblées et plus rarement commercialisées, sont parfois capturées de manière accidentelle sur les hameçons des pêcheurs réunionnais : des requins (comme le requin mako Isurus oxyrinchus, dernière espèce de requin encore autorisée à être commercialisée à La Réunion) et des raies (le plus souvent libérés et remis à l’eau), des barracudas et « bécunes », des lampris, des poissons lune, des escoliers et rouvets, voire des tortues marines (lesquelles font l'objet de mesures particulièrement suivies pour les libérer et assurer leur survie). Du fait des techniques de pêche utilisées, aucune capture de mammifère marin ou d'oiseau marin n'a jamais été constatée à La Réunion.

Etat des stocks

Les espèces accidentelles des pêcheries thonières de l'océan Indien sont particulièrement suivies par la CTOI, et des mesures de gestion drastiques sont désormais appliquées à l'ensemble des pays pêcheurs. Plusieurs espèces de requins et raies (comme les requins baleine Rhincodon typus, les requins renard Alopia sp. ou les raies manta Mobula sp.) font l'objet d'une obligation de remise à l'eau après capture. Les captures d'autres groupes de requins, comme les requins marteau Sphyrna sp., sont aussi particulièrement surveillées.


Les petits pélagiques côtiers

Bankloche
Bancloche
Pêche cavale
Pêche cavale

Près des côtes, et souvent capturés à la ligne à main par les pêcheurs côtiers qui s’en serviront comme appâts, parfois « au vif », les trois principales espèces de petits poissons pélagiques présentes dans les captures des professionnels réunionnais sont le pêche cavale (Selar crumenopthalmus), jusqu’à 80 tonnes annuelles, le bancloche (Decapterus macarellus) et la sardine queue-blanc (Herklotsichthys quadrimaculatus).

Sardine queue blanche
Sardine queue-blanc

Ces espèces, comme d’autres espèces côtières souvent présentes en bancs (mulets, aiguillettes, « balaou », « milkfish », carangues diverses…), sont aussi particulièrement ciblées par la pêcherie à la senne de plage, présente surtout dans la Baie de Saint-Paul.

Etat des stocks

Espèces particulièrement productives mais encore peu connues, les petits pélagiques côtiers font l'objet d'études menées notamment par le CRPMEM de La Réunion, afin de disposer de connaissances scientifiques suffisantes pour proposer des mesures de gestion adaptées à leur exploitation.